- Mimoun Charqi - ANALYSE POLITIQUE ET JURIDIQUE -

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1. LE RIF EN QUESTION

Etudes et conférences sur le Rif


L'ESPAGNE ET LE MAROC DOIVENT SE LIBERER DES BOULETS DU PASSE

L’Espagne et le Maroc doivent se libérer des boulets du passé

 

La récente visite du Ministre espagnol de l’intérieur, Jorge Fernández Díaz, en date du 09 juillet 2012, au site de la bataille d’Annoual, a été l’occasion pour rendre hommage aux soldats espagnols morts durant ce qui fut une véritable débandade et un véritable désastre militaire pour l’armée espagnole. Il faut noter qu’en son temps, l’Espagne chercha plutôt à connaître des responsabilités en désignant une commission présidée par le Général Picasso. Depuis 1921, l’Espagne avait toujours eu le profil bas envers la honte subie par une armée moderne espagnole vaincue par des paysans. Or, il faut noter que cette visite et cet hommage du ministre de l’intérieur espagnol ont été précédés d’une distinction militaire. En effet, le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy a concédé, en date du 1er juin 2012, au Régiment des chasseurs d’Alcantara 14, par décret Royal, la plus haute distinction militaire espagnole, dite « Crux Laureada de San Fernando ». « (...) dans le but de reconnaître les faits héroïques ayant eu entre le 22 juillet et le 9 août 1921, lorsque le régiment protégea le retrait des troupes espagnoles depuis ses positions à Annoual jusqu’à mont Arruit, geste dans laquelle mourût la plus grande part de  ses membres : 28 des 32 officiers et 523 des 685 hommes de troupe (...) ». Sic.

 

Cet hommage ainsi que cette décoration interviennent pour des faits guère honorables qui remontent à 1921, au moment de la guerre du Rif contre les rifains et Mohamed Abdelkrim El Khattabi. Les responsabilités consécutives au désastre militaire subi par les espagnols à Annoual sont consignées dans le rapport du Général Picasso qui, au terme d’une enquête avec les survivants, met en exergue les causes de la défaite espagnole ainsi que les attitudes et manquements militaires. Annoual fut une débandade avec un sauve qui peut des espagnols vers Melilia. Les pauvres bougres, souvent enrôlés contre leur gré, coincés entre un commandement défaillant et des rifains avides de liberté, n’avaient d’autre pensée que la fuite effrénée. Le rapport Picasso relate : « Annoual fut abandonnée avec tous les éléments, sans ordres, sans instructions, sans plan ni direction. Les forces mélangées, confondues, sans chefs, harcelées par l’ennemi et dans autre idée que le sauve qui peut, la fuite individuelle, honteuse chez les uns, inexplicable chez d’autres et lamentable en tous. Etant inutiles les efforts de quelques uns pour freiner l’avalanche qui si soudainement avait débordé ». Sic.

 

Alors que du côté de la société civile marocaine, en particulier rifaine, cette distinction militaire, puis la visite et l’hommage précités sont ressentis comme une provocation, certains nostalgiques des époques coloniales applaudissent et regrettent que cela n’ait pas eu lieu plus tôt. Pire, des relents de racisme, de glorification des actes et agressions militaires, des crimes de guerre sont encensés dans les commentaires et réactions de certains.

 

L’Espagne est libre de décorer qui elle veut et quand elle le veut. Qui peut lui contester valablement le droit de reconnaître comme des héros telle ou telle personne ou structure militaire ? Sauf que, l’on peut légitimement se dire que si le régiment de cavalerie en question méritait une quelconque décoration militaire, pour son action dans la tentative de protection de la fuite, il semble plus logique que l’Espagne ait pensé le faire il y a près d’un siècle de cela. Pas même le Dictateur Primo de Rivera, dont le frère trouva la mort dans le conflit, ne pensa concéder au 14e de cavalerie Alcantara cette distinction militaire.

 

La question qui se pose est de savoir pourquoi cet hommage, pourquoi cette distinction, pour des faits honteux et au demeurant plus de 90 ans après ? Il faut croire que par les temps fort difficiles que vit l’Espagne aujourd’hui, le naufrage en cours des banques espagnoles, la crise des subprimes, l’éclatement de la bulle immobilière, le chômage sans précédent qui touche 25 % des actifs,... elle ait besoin d’agir pour faire en sorte que la catastrophe subie à Annoual paraisse moins désastreuse que ce que l’Histoire a pu en retenir et surtout manipuler son opinion publique. Le citoyen lambda oublie la récession de l’heure et s’enorgueillit d’un passé colonial et militaire en réalité bien peu reluisant... Il est connu depuis toujours que chaque fois qu’un pays a des problèmes en interne, il s’efforce de détourner l’attention de son opinion publique vers l’extérieur, vers le voisin, vers l’ennemi réel ou supposé et d’exploiter les sentiments nationalistes, xénophobes, racistes,... Ce qui est surprenant c’est que la visite du Ministre de l’intérieur espagnol se soit faite en passant par Melilia, accompagné, au demeurant, par une escorte marocaine...

 

Il y a eu assurément des victimes y compris du côté espagnol, puisqu’un grand nombre de soldats étaient sur place contre leur gré, enrôlé de force. Qu’il soit rendu hommage à l’ensemble des victimes, de part et d’autre serait le bien venu. Mais, cet hommage doit aussi condamner la guerre d’agression menée par l’Espagne coloniale contre un peuple de paysans libres.

 

Les relations hispano marocaines ont, de tout temps, connu des hauts et des bas. Bien des  erreurs ont été commises de part et d’autre. Chaque fois que l’Espagne a pu connaître des problèmes internes, elle s’est efforcée de retourner son opinion publique vers des problèmes externes, en particulier vers le Maroc. Entre l’Espagne et le Maroc devrait s’ouvrir un débat serein, débarrassé de toutes les séquelles du passé. Les points de différends tels que celui de la guerre chimique contre le Rif, celui de Sebta, Melilia, les îles et îlots... devraient être abordés pour une solution amiable, durable et pérenne dans l’intérêt des deux parties. L’avenir des deux pays est commun, l’un avec et pour l’autre et non l’un contre l’autre.

 

Quand comprendra-t-on, une fois pour toutes, que les difficultés économiques, commerciales et financières de l’Espagne d’aujourd’hui ne peuvent être solutionnées contre mais avec le Maroc ? La réconciliation, le partenariat gagnant-gagnant, dont rêvait tant Mohamed Abdelkrim El Khattabi exige de sceller une intégration toute particulière entre les deux pays, que les problèmes soient mis sur la table des négociations, que les faiblesses soient traduites en forces. Le Rif a eu à souffrir des agressions espagnoles aux armes chimiques de destruction massives. Le Grand Rif et ses populations continuent, au jour d’aujourd’hui, à souffrir des effets mutagènes et cancérigènes de l’Ypérite, du Phosgène et dela Chloropicrine. Est-ilsi difficile de reconnaître, officiellement, que des fautes ont été commises au siècle passé, de demander pardon, d’ouvrir de nouvelles pages d’histoire basées sur la réparation, la paix, la prospérité et l’amitié entre les peuples ? Ce débat, les sociétés civiles rifaine et espagnole l’ont enclenché, depuis quelques années, il faut qu’il soit porté et engagé aussi, officiellement, par un comité ad hoc représentatif des deux Etats.

 

                                                                                             


08/06/2012
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DIFFICULTES ET ASPIRATIONS DES POPULATIONS RIFAINES

DIFFICULTES ET  ASPIRATIONS DES POPULATIONS RIFAINES

 

En ce jour où nous commémorons le 48e anniversaire de la disparition de feu Mohamed Abdelkrim El Khattabi, il convient de rappeler que les rifains et leur leader avaient lutté pour la préservation de leurs droits et libertés. De là, disserter sur les difficultés et aspirations des populations rifaines, aujourd’hui, est fort à propos.

 

1. Situation

Le grand Rif, au sens géographique du terme, s’apparente à cette chaîne montagneuse du versant nord et méditerranéen du Maroc. Cette région, qui avait été attribuée au protectorat espagnol, comme suite à la Conférence d’Algésiras de 1906, et au partage du Maroc entre les puissances européennes, est le territoire de tribus jebalas et rifaines. Comme vous le savez, les jebalas, littéralement les montagnards, occupent le Nord Ouest du Nord du Maroc, ils s’expriment en arabe marocain, tandis que les rifains qui occupent le centre et l’Est du Nord du Maroc s’expriment en rifain, tarifecht, ou tarifit.

 

2. Rappels historiques

L’Espagne, au début du siècle dernier, a eu de sérieuses difficultés pour pénétrer le Rif et asseoir son autorité sur des populations de paysans libres et avides de liberté et indépendance. Le grand Rif a eu ses sympathisants, notamment, en raison de la résistance de Mohamed Abdelkrim El khattabi, aux agressions coloniales des armées espagnoles et françaises combinées. Avant l’avènement des protectorats espagnol et français, le Rif était formé de tribus autonomes par rapport au pouvoir central et religieux du Sultan. A l’occasion, certaines tribus ont pu se regrouper en confédérations pour faire face à un ennemi commun. C’est le cas de la tribu des Gueliya, Ikari’yen qui est regroupe cinq tribus entourant Melilia, M’ritch. C’est le cas, aussi, d’une façon beaucoup plus large, avec la république des tribus confédérés du Rif, sous Abdelkrim, qui a exercé son autorité sur l’ensemble du Grand Rif.

            Cet Etat a tenu, cinq années durant, contre deux puissances européennes modernes de l’époque, entre 1921 et 1926. Force est de noter que l’utilisation d’armes chimiques de destruction massives, prohibées par le droit des gens, a eu lieu pour la première fois de l’histoire de l’aviation dans le Rif et que la reddition d’Abdelkrim est consécutive à ces mêmes armes chimiques.

            Le pays a de tout temps été confronté aux aléas de la sécheresse. Les populations ont souvent du se replier sur les économies de contrebandes et autres trafics pour pouvoir vivre. Le sous développement et les difficultés économiques et sociales de la région ont été mises à profit par l’Espagne coloniale pour enrôler des gens, dans le besoin, afin de servir dans ses armées contre leurs propres frères de sang, tout comme ils ont pu être utilisés par Franco dans sa guerre contre les républicains espagnols.

En 1956, le Maroc recouvre son indépendance et, quelques temps après la France, l’Espagne rétrocède l’essentiel du Rif, qui était sous son administration, au Maroc nouvellement indépendant. Mais, que reste t-il du passage de l’Espagne, dans le Rif, après un demi siècle d’occupation ? Mieux que çà, qu’en est-il de l’état du Rif et de ses populations, un demi siècle après l’indépendance politique du pays ?

 

I. Les problèmes du Rif et des rifains

 

1. Répression, abus, exil, enclavement, exclusion...

La plupart des habitants ont du quitter leurs régions pour aller chercher du travail, qui en Europe, qui à l’intérieur du Maroc même. Le Rif est essentiellement connu par le kif, les trafics d’immigration, la contrebande,… Avec l’indépendance du Maroc, les populations locales ont fait l’objet d’une sévère répression, lors des évènements de 1958-1959. Pourquoi ? Parce qu’ils réclamaient du nouvel Etat indépendant qu’il nomme des responsables parlant leur langue, parce qu’ils souhaitaient participer à l’administration du Maroc pour lequel ils avaient lutté, car ils aspiraient à la démocratie et à la liberté…

            L’Etat marocain, pour se débarrasser des rifains, a favorisé l’émigration, en Europe, d’une grande partie de la population, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, en France, en Espagne,… Le Rif a subi dès lors l’exclusion et la marginalisation. La région a subi une punition collective et communautaire. La région pâtit énormément en matière de besoins et d’infrastructures routières, sanitaires, d’éducation, de pôles de croissance, de centres de développement, …

            Il faudra attendre cinquante ans, après l’indépendance politique du pays, pour que le pouvoir central commence à s’intéresser au Rif. Le dernier tremblement de terre ayant frappé Al Hoceima, en février 2004, aura permis à la plus haute autorité du pays de se rendre compte de l’enclavement de la région, de l’état de sous développement de ses populations. Les ressources issues de l’émigration permettent, en bonne partie,  de contribuer à la vie et aux besoins des populations sur place ; solidarité oblige. L’Etat centralisé a montré ses limites, en terme de contribution au développement et à la croissance. L’Etat se retrouve en panne, la démocratie agonisante avant que d’être. Le séisme d’Al Hoceima a permis de révéler l’importance de la solidarité entre les gens de la région. La visite du Souverain, effectuée après le séisme, lui aura permis aussi de se rendre compte des besoins, mais aussi des potentialités de la région. Timidement, le pouvoir central s’engage dans des projets d’infrastructures dans le pays. Al Hoceima est enfin reliée à Nador par une partie de la rocade méditerranéenne. Un projet de port « Tanger Med » est construit et en cours de développement. Un deuxième port dit « Nador Med » de transbordement pétrolier avait été annoncé qui aujourd’hui se retrouve en stand by. Sur Nador, il est prévu toutes une séries de sites touristiques sur la lagune de Mar chica. Mais, est ce suffisant ? Il y a tant de retards à rattraper ! Un schéma général de développement avec un calendrier, une feuille de route, affichée, quantifiée et budgétisée auraient étés les bien venus. Pourtant, ce plan d’action et de programme pour le développement du Rif avait été demandé, par le souverain, au gouvernement, suite au tremblement d’Al Hoceima.

 

2. Les difficultés linguistiques

La population rifaine, qui s’exprime en tarifecht, rencontre des difficultés face à l’administration, aux autorités, à la justice,… Campagnards, montagnards, exclus de biens des services publics, en principe à la charge de l’Etat, ils ne parlent pas l’arabe, et quant ils le baragouinent le comprennent très mal. Chaque fois qu’il leur faut s’adresser à une administration publique, ils doivent se faire assister. Majorités, dans leur propre pays, ils font figure de minorités.

 

3. Les difficultés sanitaires

En matière de santé, les besoins sont énormes. L’une des particularités du Rif, en matière de santé publique, c’est qu’il représente un pourcentage effarant de personnes atteintes par le cancer, comme conséquence de la guerre chimique contre le Rif, entre 1921-1925. Les malades doivent se rendre à Rabat pour se faire soigner, faute d’hôpitaux spécialisés dans le Rif. Mais, encore faut-il avoir les moyens de se rendre jusqu’à Rabat, et y résider pour se faire soigner. Les statistiques dénotent que 80% des malades atteints du cancer, se faisant soigner à Rabat, proviennent du Rif. Mais quelles en sont les raisons ? Des experts, de renommée mondiale, ont pu démontrer et affirmer le rapport de cause à effet entre l’utilisation des armes chimiques de destruction massives, (ypérite, phosgène et chloropicrine), employées contre les populations rifaines, et les cancers en question. De surcroît, ces études précisent que ces armes ont des effets mutagènes. Ce qui signifie que les héritiers des victimes d’hier continuent de souffrir de l’emploi de ces armes chimiques de destruction massive.

 

4. La stigmatisation

Le Rif et ses populations ont souvent été stigmatisés et présentés comme des trafiquants, des ignorants, des rebelles, des paysans, des « gens de la montagne », avec une connotation et un sens péjoratif,… Pourtant, la vérité est que les gens de cette région ont été des résistants ayant combattu pour l’indépendance du pays, qu’il s’agit de gens ayant des valeurs et principes que l’on ne retrouve plus chez les citadins, que beaucoup d’entre leurs enfants ont pu faire des études, participent au développement du Maroc, sont experts dans leurs domaines, …

 

5. Le problème de la propriété foncière

Le régime juridique de la propriété foncière dans le Rif a été dualiste : Certains disposent d’actes de propriété basées sur le droit musulman, dits « Moulkia » et d’autres d’actes introduits par l’administration espagnole dits « titre khalifiens de propriété ». Mais, la plupart des personnes ne disposent pas de documents de leurs propriétés. Ils les exploitent sans s’être souciés de penser qu’un jour ils pourraient être contestés dans ce qui leur appartient, par l’administration des domaines des eaux et forêts. La pauvreté a fait que souvent les gens n’ont jamais ressenti le besoin de justifier leurs propriétés. D’autant plus que le Maroc indépendant a étendu à la zone anciennement espagnole le régime de la conservation foncière et de l’immatriculation. L’immatriculation requiert le paiement de frais importants et bien des personnes sont inquiétées dans leurs propriétés légitimes, quant elles n’ont sont pas défaites.

 

6. Le cannabis

La culture du kif a conduit à de sérieux bouleversements dans les structures sociales des gens de la région de Kétama. Force est cependant de préciser que tout le Rif n’est pas concerné par le kif et que par ailleurs ceux qui en profitent le plus ce ne sont pas les agriculteurs eux-mêmes, mais les trafiquants, qui ne sont pas nécessairement et toujours originaires du Rif.

 

7. Le problème de l’eau, de l’électricité et des voies de communications

L’eau potable fait souvent défaut. Nombre de sources et de puits dont l’eau est utilisée comme potable par l’homme et les animaux est saline, avec un arrière goût la rendant difficile à boire. Bien sûr les conduites d’eau potable, l’évacuation des eaux usées, l’électrification font défaut. Bien des villages ne sont pas accessibles fautes de voies de communications.

 

            De plus en plus, il y a une volonté de la société civile, des ONG de s’investir dans des projets de développement durable, de protection de la population, de sauvegarde et de défense de leurs droits les plus élémentaires : éducation, assistance juridique, soins, soutiens,… Mais, il faut dire que tout cela en est encore à l’état embryonnaire. Le pays n’a pas de tradition derrière lui et les ONG elles mêmes doivent être appuyées et soutenues pour pouvoir s’acquitter de leurs missions.

 

II. Les aspirations des rifains

Les aspirations somme toutes légitimes des populations rifaines sont toutes simples et rappellent les revendications faites par leurs aînés lors de l’indépendance du Maroc. Le Rif demeure une région vierge où tout reste encore à faire, en terme de développement. Or, le fait de se rendre compte des potentialités du Rif, et de ses richesses, ne devrait pas conduire à n’importe quels types de projets de développements. Avant toute chose, les projets devraient tenir compte et bénéficier aux populations locales, respecter l’environnement, tenir compte de la géologie du terrain, de la montée des eaux suite au réchauffement planétaire...

            En sus de la résorption des différentes difficultés et problèmes relatés ci-dessus, au moins deux grandes aspirations méritent d’être citées : le droit à la participation démocratique et au bénéfice des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.

 

1. La démocratie participative

La société civile revendique depuis plusieurs années l’autonomie du grand Rif. Il faut voir à ce sujet la déclaration pour l’autonomie du Grand Rif faite par une centaine d’association sous l’égide la confédération des associations culturelles amazighes du Nord du Maroc.

 

2. Les droits

Cette même société civile revendique, en toute légitimité, la jouissance des droits universellement reconnus, sans discrimination aucune, en toute citoyenneté.

 

                                                                                              Simple et élémentaire

 


08/02/2011
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LES PRINCIPES ET CONDITIONS DU DEVELOPPEMENT DU RIF

LES PRINCIPES ET CONDITIONS DU DEVELOPPEMENT DU RIF[1]

 

Le grand Rif a souffert et souffre de l'exclusion et de la marginalisation de toute politique et plan de développement et de construction économique, sociale et autres. Des décennies durant, le Rif a souffert de la politique coloniale espagnole qui n'a pas même envisagé la construction d'infrastructures, à l'instar de ce que la France avait pu faire dans la zone qu'elle occupait. Cependant, il sied de ne pas tout rejeter sur le colonialisme puisque le Maroc se trouve déjà avoir recouvré son indépendance politique depuis plus de cinq décennies.

 

Ainsi, on se rend compte de ce que l'Etat centralisé a montré ses limites en matière de développement et de construction territoriale. Tout ne peut pas se décider sur Rabat. Les régions ont des besoins que seules les populations locales ressentent et subissent en terme d'urgence et de priorités. Si les télécommunications ne sont plus un problème grâce aux réseaux mobiles qui se sont développés ces dernières années, il n'en est pas de même des autres infrastructures et moyens de communication. Les routes et autoroutes font encore largement défaut. Il en est de même des voies de chemin de fer, aériennes et maritime. On nous rétorquera, peut-être, que la fameuse rocade, dont on parle depuis plus de deux décennies est en passe de devenir une réalité. Qu'il ne manque plus que le tronçon devant relier Al Hoceima à Tétouan,… Que bientôt la voie de chemin de fer reliera Taourirt à Nador. Que l'on aura bientôt un nouveau port à l'ouest de Nador. Que nous avons déjà une faculté pluridisciplinaire sur Nador. Etc. Tout ceci est bien beau, mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Le Rif a bien du retard à rattraper.

 

Mais d'abord rappelons ce qu'est le Rif. Le Grand Rif comporte le Rif géographique qui s'étend sur la côte méditerranéenne du Maroc comporte, à l'Ouest le Rif des jebalas entre Tanger et Targuist puis à l'Est le Rif des rifains qui va de Targuist jusqu'à la frontière avec l'Algérie. Quant au Sud, il longe le pré Rif.

 

Le centralisme étatique a fait que les régions n'ont pas pu prendre en main leurs destins. L'Etat centralisé n'a pas même veillé à mettre en place les travaux de base essentiels et nécessaires à tout décollage. Des « villes » entières se sont développées sans tracé architectural aucun, « villes » linéaires construites le long des routes nationales et que le voyageur ne voit même pas lors de son passage. Le cadre pittoresque des villes laissées par le colon espagnol (Zayo, Driouch, Villa al Hoceima,…) avec leurs jardins et constructions d'époque a disparu. Il faut à certains endroits y regarder de près avant d'en deviner les restes.

 

Mais, pour rentrer dans le vif du sujet qu'en est-il des conditions requises à un développement du Rif ? Les contraintes sont certes nombreuses, mais les atouts ne manquent pas pour peu que les conditions objectives et subjectives d'un développement planifié soient mises en place. Si vous le voulez bien, je vais vous présenter sous forme d'hypothèses, qui pourront servir au débat, ce que sont ces conditions.

 

1. L'autonomie

L'autonomie n'est pas un vain mot. Un simple concept de plus sans aucune forme, incongru, et plein de vacuité. Partout, de par le monde, en ce qui concerne les Etats développés, on peut se rendre compte que la formule, en tant qu'instrument juridique et politique, a fait ses preuves. L'autonomie n'est pas une fin en soi, et ne l'a jamais été. L'autonomie des régions est un moyen devant permettre aux populations locales de prendre et de veiller par elles mêmes à leurs destins. L'autonomie est la responsabilisation des populations locales. Elle s'accorde avec la démocratisation et la libéralisation des énergies et potentialités. Dans le cadre du système des autonomies, la région se voit attribuer des pouvoirs économiques, politiques, sociaux, et autres à même de lui permettre de lancer le décollage économique.

 

Ce n'est pas sans raison si l'Etat marocain a admis le principe de la région autonome du Sahara. Si aujourd'hui, le projet en est encore au stade des pourparlers avec le Polisario et l'Algérie, on peut penser que quel que soit la suite des négociations sur le dossier du Sahara, le Maroc a tout intérêt à mettre en place le système des autonomies sur l'ensemble du territoire national. Pourquoi ? Car, tel que dit avant, l'autonomie est le moyen de résoudre non seulement un problème politique, en l'occurrence celui du Sahara, mais surtout l'instrument sans lequel il ne peut y avoir de Maroc fort, démocratique, social, et vainqueur des difficultés du sous développement, de la pauvreté et de la misère.

 

Il ne faut pas oublier, et l'histoire est là pour nous le rappeler, que le système des autonomies ne serait pas quelque chose de nouveau pour le Maroc, puisque c'est ainsi qu'a fonctionné l'empire chérifien marocain, d'avant les protectorats. On pourra nous rétorquer, que puisque l'autonomie serait une condition de développement comment se fait-il que les tribus autonomes d'antan n'aient pas abouties au développement ? Ce à quoi il faut répondre que l'autonomie n'est pas la condition mais l'une des conditions seulement.

 

2. Le soutien d'un Etat fort

Le système des autonomies des régions ne signifie nullement que l'Etat n'ait plus de rôle à jouer. Au contraire. Il lui reste encore beaucoup de choses à faire. C'est parce qu'il y a justement beaucoup de travail à faire qu'il faut que, selon le principe de subsidiarité, chacun fasse son travail. A l'Etat, ses pouvoirs et son travail et aux régions autonome leurs pouvoirs et leurs travaux.  L'autonomie des régions ne signifie nullement l'affaiblissement de l'Etat. Bien au contraire. L'Etat n'est que plus fort de ses régions autonomes exerçant pleinement le libre exercice de droits démocratiques. L'autonomie des régions a besoin du soutien d'un Etat fort, respectueux des principes et règles de droit. Le libre exercice de l'autonomie requiert un apprentissage, une préparation, un accompagnement,… C'est là le rôle de l'Etat. L'Etat doit être fort et agir, légalement, selon les standards internationaux, pour prévenir tout risques de dérapages. La mise en place et la réussite de l'autonomie des régions a besoin du soutien de l'Etat, autant que l'Etat a besoin, pour sa pérennité et la réussite de sa mission, de la mise en place et de la consolidation de l'autonomie des régions.

 

3. Des plans et programmes d'actions de développement autonomes régionaux

Nul vent n'est favorable à celui qui ne sait où aller ! Une vision est nécessaire et cette vision doit être accompagnée de plans d'actions et de programmes de développements intégrés, durables et respectueux de l'écologie. Dans le cas du Rif, la région ne manque pas de potentialités ! Il n'y a qu'à voir le développement fulgural des villes côtières espagnoles. Les côtes du Rif sont bien plus belles que celles du voisin espagnol. Mais, il ne suffit pas de miser sur le seul tourisme pour le développement du pays. Tout comme le développement humain ne saurait être réduit à des micro projets de lutte contre la pauvreté. Certes le micro crédit et la micro finance ont un rôle qui n'est pas négligeable, mais cela ne devrait pas constituer l'épine dorsale de la politique de développement humain du pays.

 

Tout un travail a été accompli par l'Instance équité et réconciliation (I.E.R) et par l'équipe ayant travaillé sur le rapport du cinquantenaire. Les deux rapports sont aussi alarmants qu'importants sur l'état des lieux passé et présent. La question qui se pose, après ces rapports, est de savoir maintenant que faire ? C'est après ces constats de situation, de diagnostic et de reconnaissance qu'il y a lieu de penser à des plans et programmes d'actions précis, quantifiés, avec calendrier, budgets, partenaires,… Le tout de façon à enclencher les travaux nécessaires à un véritable décollage économique et développement humain durable. Etant entendu que le développement en question ne saurait se limiter à des projets isolés et dès lors limités quant à l'impact réel sur le développement.

 

Depuis le dernier séisme d'Al Hoceima, il est vrai que certains projets économiques, ont été lancés,  sont en cours, voire même ont pu voir le jour ici et là dans le Rif. Néanmoins, nous n'avons toujours pas un plan global, en bonne et due forme, pour le développement du Rif. Un plan avec une feuille de route sur le web, par exemple, que tout un chacun peut suivre aisément.

 

4. Le partenariat gagnant – gagnant

Déjà en son temps, l'Emir Mohamed Abdelkrim El Khattabi, croyait fermement en un partenariat d'égal à égal entre le Rif et l'Espagne, pour sortir le Rif du sous développement. Aujourd'hui, plus que jamais, la question est toujours à l'ordre du jour. Il ne peut pas être conçu de politique de développement pour le Rif sans partenariat avec des pays ou régions autonomes tiers.

 

Les investisseurs à même de s'engager dans des projets de développements ne manquent pas. Pour autant qu'ils soient convaincus de la sécurité juridique pour leurs investissements. Pour autant que le pays leur offre les garanties d'une justice équitable, qu'ils ne soient pas sujets à corruption, à arnaque,…

 

L'investisseur est un homme d'affaire, un commerçant qui a pour but d'abord de gagner de l'argent. Ce n'est pas un philanthrope et il ne souhaite pas non plus se faire plumer. Les banques marocaines et étrangères ne manquent pas de liquidités pourvu que le projet à financer dégage un taux de rentabilité positif et suffisant. Il est intéressant de voir le boum économique qu'est en train de connaître Marrakech et sa région aujourd'hui. Le nombre d'hôtels, de palaces et résidences touristiques qui y fleurissent là où il y a quelques années seulement il n'y avait que désert et désolation.

 

5. La sécurité et la paix

Il ne peut y avoir de développement sans paix sociale, sans sécurité,… Or, la sécurité cela n'est pas seulement le risque de ne pas se faire agresser, pour se faire voler, ou exploser, car l'on se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment. La sécurité c'est aussi la possibilité de pouvoir accéder, sans entraves, ni discriminations, aux droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques. La sécurité c'est aussi, la sécurité de l'emploi, la sécurité juridique,… La sécurité c'est la possibilité d'accéder à la connaissance, au savoir, à l'éducation, aux soins et à la santé,…

 

La sécurité c'est le droit de penser et de s'exprimer librement, sans pouvoir être inquiété. La sécurité c'est  aussi le plein emploi, le bien être des individus, la démocratie, l'égalité des chances,…

 

6. La transparence et la bonne gouvernance

Transparence, bonne gouvernance et moralité dans la gestion de la chose publique ne devraient pas être des slogans creux, du seul domaine du discours et des principes galvaudés mais sans emprise réelle et concrète. Ces principes sont essentiels au développement. A défaut, on continuera à cultiver le discours d'un côté et des réalités néfastes à la société, aux populations, et à la région. Ces principes sont institués également pour les entreprises privées. Au-delà des discours, les textes de droit marocains instituent la transparence et la bonne gouvernance des deniers et biens publics. Pourtant, les violations à ces règles sont légions, sans que de façon systématique il y ait sanctions. La transparence et la bonne gouvernance demeurent un vœu pieux. Il n'y a que voir le dernier rapport de la Cour des comptes, publié au Bulletin Officiel, pour se rendre compte de la partie visible des malversations, irrégularités et autres. Notons, en passant, que le cas de ce qui se passe à la municipalité de Nador est effrayant. Pourtant, en dépit de tout, la justice est lente à la détente et peu prompte à faire son travail.

 

7. Les libertés publiques et le respect des droits de l'homme

Développement, croissance économique, sociale et autres sont loin d'être aux antipodes des libertés publiques et du respect des droits de l'homme. C'est même le contraire. Longtemps, d'aucuns ont essayé d'opposer droits de l'homme et développement. Alors que ce dernier ne peut être effectif et réel sans le respect des droits humains.

 

8. Le respect de l'environnement

Sans respect de l'environnement, il n'y a pas de salut possible. Le Rif a probablement la chance d'avoir été écarté, jusqu'ici, des divers programmes d'investissement et croissance. Or, on ne connaît que trop des dégâts sur l'environnement dont s'accompagnent, souvent, les projets d'investissements et constructions. Le principe du respect de l'environnement et les erreurs commises ailleurs, devraient être pris  en compte.

 

9. L'indépendance de la justice

L'indépendance de la justice figure parmi les principes que l'on retrouve formellement dans le droit marocain. Mais, au-delà de la forme, il faudrait assurer l'effectivité de cette règle essentielle. Il faudrait pouvoir passer du simple discours idéologique de droit, à l'application et au respect effectif du droit.

 

10. Le développement durable diversifié…

Le développement ne saurait être que durable et diversifié. La croissance économique n'est pas le développement. Il n'y a que voir ce que sont les différents rapports, autant ceux du cinquantenaire, que ceux de la banque mondiale, ou du PNUD, et autres pour se rendre compte que notre pays est loin de satisfaire aux règles et conditions requises en la matière.

 

Considérations finales

Si j'avais à devoir conclure, cette communication, par un seul mot ce serait celui de « démocratie ». Sans démocratie, pas d'autonomie, pas d'Etat fort, pas de plans et programmes d'actions de développement autonomes régionaux, pas de sécurité et paix, pas de transparence et bonne gouvernance, pas de libertés publiques et respect des droits de l'homme, pas de respect de l'environnement, pas d'indépendance de la justice,  pas de développement durable diversifié et dès lors pas de condition pour le développement.

 

Copyright 2008. Mimoun CHARQI.

Mode officiel de citation. Mimoun CHARQI. « Les principes et conditions du développement du Rif ».

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[1] Communication à la Première rencontre des enseignants chercheurs de Nador. Nador, les 06 et  07 août 2008.


21/05/2010
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DECLARATION POUR L'AUTONOMIE DU GRAND RIF

Les membres du conseil de la Confédération des Associations culturelles Amazighes du Nord du Maroc, réunis en marge du colloque international sur « fédéralismes et autonomies dans le monde et au Maroc », à Nador les 4 et 5 août 2007, ainsi que les participants épris des valeurs de justice, d'égalité et de la liberté,

déclarent ce qui suit :

- Après avoir rappelé que le Grand Rif a subi les péripéties des protectorats, de l'occupation, de l'exploitation et du confinement dans le sous-développement ;

- Vu que la politique menée, tout particulièrement par le protectorat espagnol, a confiné le Rif dans un enclavement et un sous-développement qui se poursuit encore plusieurs décennies après l'indépendance du Maroc ;

- Considérant que l'indépendance politique du Maroc a été l'occasion d'exacerber la contradiction et la répression contre le Rif et les Rifains, notamment avec les sanglants évènements de 1958-59 ;

- Vu que le Grand Rif est une notion géographique qui recouvre tout le Nord du Maroc et va depuis l'atlantique jusqu'à la frontière algérienne bordée au nord par la méditerranée et au sud par la chaîne montagneuse du Rif ;

- Compte tenu de ce que les instruments internationaux et nationaux consacrent les principes d'égalité et de liberté des hommes et des femmes sans distinction aucune, et reconnaissent le libre exercice des droits civils et politiques ainsi que ceux économiques, sociaux et culturels ;

- Vu qu'afin de fuir les affres du sous-développement, de la misère, du chômage voire de la répression, les fils du Rif ont du se vouer à l'exil, délaissant le Rif pour les pays étrangers ou l'intérieur du Maroc ;

- Compte tenu de ce que le Rif a subi et continue de subir les conséquences d'une guerre chimique où l'Etat espagnol a employé des armes chimiques de destruction massive, sans que personne ne s'en soucie ;

- Vu que le Rif a subit la négation de ses droits les plus élémentaires ;

- Vu les limites de l'Etat centralisé et que le Grand Rif marginalisé a été privé des politiques de développement et de croissance économique, sociale et culturelle ;

- Considérant l'histoire du Maroc en général et du Rif en particulier et notamment l'épopée des résistances de Mohamed Chérif Ameziane et de l'Emir Mohamed Abdelkrim El Khattabi contre les agresseurs espagnol et français ;

- Vu les particularités et spécificités passées et présentes du Grand Rif ;

- Considérant les discours officiels, sur l'intérêt de l'autonomie des régions ;

- Compte tenu des derniers développements au sujet du plan de l'Etat marocain pour l'autonomie de la région du Sahara ;

- Vu les progrès enregistrés par les régions autonomes dans nombres de pays, notamment l'Espagne, l'Allemagne, la Suisse, la Belgique, etc. ;

- Compte tenu du droit des peuples à la libre et authentique autodétermination et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ;

- Vu le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- Convaincus que seule l'autonomie des régions est à même de responsabiliser les populations concernées et de permettre un développement des régions et d'assurer l'effectivité des droits démocratiques et sociaux ;

- Compte tenu des potentialités économiques et sociales du Grand Rif  géographique ;

- Compte tenu de l'aspiration des peuples à la paix, à la sécurité et au bien être ;

- Vu les projets d'Union du Grand Maghreb et d'Union de la Méditerranée ;

- Considérant le principe de l'égalité et de l'interdiction de toute discrimination entre Marocains ;
                                            Proclamons et revendiquons ce qui suit :
Article 1. Le plan du Maroc pour un statut d'autonomie pour la région du Sahara, tel que remis aux Nations Unies pour servir de base de négociation, est une initiative sérieuse et louable à même de permettre de répondre aux aspirations légitimes des populations concernées qui pourront concrétiser leur droit à la libre et authentique autodétermination.
Article 2. L'autonomie des régions, au Maroc, est à même de renforcer l'unité et l'intégrité territoriale du Maroc par le recouvrement de ses frontières authentiques.
Article 3. En cas d'échec des négociations avec l'Algérie et le Polisario, le Maroc doit sans tarder, en toute souveraineté, décider de mettre en place l'autonomie des régions sur l'ensemble du territoire national.
Article 4. L'option d'autonomie ne doit en aucun cas être comprise comme la réponse politique de conjoncture à un problème précis, en l'occurrence celui du Sahara. Le choix de l'autonomie des régions provient de la conviction qu'il s'agit là d'un instrument juridique et politique à même de répondre aux contraintes du sous-développement, de l'exclusion, de la marginalisation, de la pauvreté et de l'ignorance, ainsi qu'aux aspirations des populations à une vie meilleure et au plein exercice des principes démocratiques.

Article 5. Pour la concrétisation du principe de l'autonomie des régions du Maroc, le peuple marocain doit être appelé à voter par voie de référendum pour l'insertion de l'autonomie des régions dans la constitution marocaine.
Article 6. Le Grand Rif, dans le sens géographique du terme, depuis l'Atlantique jusqu'aux frontières avec l'Algérie doit bénéficier d'un statut d'autonomie en rapport avec ses spécificités historiques, géographiques, linguistiques et culturelles, et en rapport avec les contraintes qu'il subit depuis l'indépendance du Maroc ainsi que les aspirations légitimes de ses populations.
Article 7. Afin de sortir le Rif du sous-développement, il est urgent de définir et exécuter un plan d'urgence de reconstruction et de mise à niveau économique, sociale et culturelle. Ce plan d'urgence pour la reconstruction et le développement, dont l'idée avait été exprimée par le souverain en mars 2004 n'a toujours pas vu le jour.


16/05/2010
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QUELLE REPARATION POUR LE RIF?

Quelle réparation pour le Rif ?[1]

Honorable assistance, mesdames et messieurs, chers amis,

Au nom du Groupe de Recherche Mohamed Abdelkrim El Khattabi [GRMAK] et en mon nom personnel, je voudrais adresser mes remerciements à l'IER pour nous inviter à participer à ce Forum National sur la Réparation.

Visiblement, le Rif a, de tout temps, été considéré comme une région réfractaire, à part et rebelle. La vérité c'est qu'il a tout été fait pour que le Rif se rebelle, reste à part, et réfractaire. Le Rif a subi bien des injustices : des atteintes aux droits de l'homme, des exactions, l'enclavement, le confinement dans le sous-développement,… Aujourd'hui, on s'interroge sur quelle réparation le Rif est en droit de réclamer pour les préjudices et dommages souffert depuis l'indépendance politique du Maroc ?

Assurément, le fait même que l'IER s'interroge sur cette question est une reconnaissance implicite des structures de l'Etat. Mais cette reconnaissance doit-elle rester implicite ou se faire officielle ?

 Bien des personnes ont combattu l'occupation espagnole et française, bien des personnes sont mortes. Faut-il considérer qu'elle sont mortes pour rien ? Que leurs sacrifices étaient vains ? Lors d'un colloque organisé à Al Hoceima en commémoration de la bataille d'Anoual, un jeune devait affirmer qu'il aurait mieux valu « ne pas combattre les espagnols, d'autant plus qu'après les avoir chassés de chez nous, faute de pouvoir vivre décemment chez soi, les gens bravent la mer sur des pateras, en risquant leurs vies, pour chercher un travail en Espagne ». (Sic).

 Avant de s'interroger sur la réparation que le Rif, en tant que région et communauté, est en droit d'espérer, il convient de rappeler ce que sont les faits.

I. Rappel des faits

Ces faits se résument par l'exclusion et l'oubli du Rif, le désintérêt et la perte de la crédibilité de l'Etat, ainsi que des retards énormes à rattraper pour le Rif.

 1. Une exclusion à multiples facettes

Dans le cas du Rif, au delà de la répression, des exactions et dépassements subis par les individus, au delà des atteintes aux droits de l'homme,… la région, en tant que telle, a subi et continu de subir l'exclusion, la marginalisation, une politique ayant poussé ses fils à l'exil, qui a l'étranger, qui vers des villes plus clémentes,… L'histoire, elle même, des fils et symboles du pays a été amputée de l'histoire officielle, quant elle n'a pas été tronquée. Les fils du pays ne retrouvent pas dans l'histoire officielle, les actions et sacrifices faits par leurs ancêtres.

2. Le désintérêt de l'Etat pour ses ressortissants

L'Etat doit s'intéresser au sort et malheurs de ses ressortissants. Ces derniers ne doivent pas se sentir abandonnés, ils doivent au contraire être fiers de leurs appartenances. Est ce que cela est le cas jusqu'à maintenant ? Il est grand temps d'y remédier. Au delà de la politique d'abandon économique et social, du défaut d'infrastructures,… deux exemples, en eux mêmes, sont assez révélateurs et significatifs : le problème de la langue et celui de l'utilisation des armes chimiques de destruction contre le Rif. Quel intérêt l'Etat y accorde t-il ?

2.1. La langue tout d'abord

Comment peut-on être et se sentir citoyen à part entière, et non de 3e zone lorsque l'Etat ne fait pas l'effort pour que ceux qui ne parlent que le « chelha », « tarifecht », ou l'amazigh ailleurs, puissent se faire entendre, face à l'administration, face aux tribunaux ? Notons, en passant, que l'Espagne est en passe de considérer l'arabe marocain et « tarifecht » comme langue officielle, en Espagne, c'est la co-officialité, en raison des communautés dites « musulmanes » de Ceuta et Melilla.

2.2. La question de la guerre chimique contre le Rif

Des travaux sérieux ont mis l'exergue l'utilisation d'armes chimiques de destruction massive par l'Espagne et la France contre les rifains et Mohamed Abdelkrim El Khattabi. Des travaux tout aussi sérieux démontrent le rapport de cause à effet entre ces armes chimiques de destruction massive et le cancer. Tout comme ils révèlent le caractère mutagène de ces armes. 80 % des personnes atteintes de cancers et venant se soigner à Rabat proviennent du Rif, faute d'hôpitaux sur place. Or, combien d'entre les rifains ont les moyens pour se déplacer et résider à Rabat afin de se soigner ? L'Etat national n'a manifesté aucun intérêt quant à cette question. Bien au contraire. A contrario, le Congrès des députés espagnols est en passe de débattre d'un texte qui rappelle ce qui s'est passé et exige de la part du Gouvernement espagnol la reconnaissance, la condamnation et la réparation pour les préjudices subis.

3. Le Rif oublié

Le Rif et ses populations aspirent ni plus, ni moins qu'à un traitement équitable et égalitaire, au même titre que « le Maroc utile ». Longtemps durant, le Rif a été oublié. La catastrophe consécutive au dernier tremblement de terre a fait que les projecteurs ont été dirigés vers le Rif. Le souverain lui même a fait le déplacement et a pu se rendre compte directement des difficultés, mais aussi des potentialités du Grand Rif. Un plan pour le développement du Grand Rif a été demandé au Gouvernement. Les observateurs ont pu penser que le Rif allait devenir la priorité. Qu'en est-il de ce plan d'action faisant du Rif l'une des priorités du pays pour son développement ?

4. La crédibilité de L'Etat

Apparemment, comme cela est souvent le cas, une urgence, une priorité en chasse une autre. La vision a été exposée par le Souverain ! Le Gouvernement avait reçu comme instruction Royale de « s'atteler sans tarder à l'élaboration d'un plan de développement structurel intégré, à moyen et long terme », faisant du Rif « un pôle de développement urbain et rural  (…) » ! Qu'en est-il depuis le 25 mars 2004, date du discours Royal ? Le plan n'existe pas même sur le papier. Comment dès lors se fait-il qu'il y ait des difficultés pour l'envisager sous forme d'un plan d'action, en bonne et due forme, avec des objectifs, des moyens, un calendrier,…

Le plus grave, dans tout cela, c'est que la crédibilité de l'Etat se retrouve remise en cause. La gestion des difficultés consécutives au tremblement de terre aura été des plus désastreuses. Tamasint, Tamasint symbole des la résistance, du temps d'Abdelkrim, dernier bastion de la lutte n'a pas même le droit d'exprimer pacifiquement son mécontentement, par une marche. Fallait-il utiliser la répression contre les marcheurs, fallait-il utiliser les hélicoptères, les gaz lacrymogènes, les chiens, et la matraque ? Fallait-il passer en jugement les gens, au prétexte de trouble à l'ordre publique, en rase campagne ? De quelle réconciliation et réparation parle t-on dès lors ?

La crédibilité de l'Etat s'est retrouvée mise à mal, également, à l'étranger. Des pays et institutions de développement ne veulent plus confier directement à l'Etat les subsides pour le développement. Ils souhaitent s'en occuper eux mêmes, directement. 

5. Les retards à rattraper

Pour que les populations de l'ensemble des régions du pays puissent se sentir appartenir à une même communauté nationale, des mises à niveau sont vitales et nécessaires. Cinquante ans depuis l'indépendance politique du Maroc auront été autant d'années de perdues et à rattraper pour le Rif. Cela est d'autant plus grave et inconsidéré dans le cas du Rif, tout particulièrement, du fait que le pays dispose d'atouts certains.

II. Le droit à la réhabilitation, à la reconstruction et au développement

Les droits auxquels le Rif est en droit de prétendre tiennent aux obligations de l'Etat envers ses ressortissants, et se traduisent par cette nécessaire réconciliation avec soi, ce qui suppose une politique nouvelle envers le Rif, son histoire et ses populations. 

1. Les obligations et responsabilités de l'Etat-nation

L'Etat, tout Etat, a des droits, des obligations, des responsabilités envers ses ressortissants. De prime abord, l'Etat se doit de respecter ses ressortissants, de respecter les droits auxquels ils peuvent prétendre, d'autant plus qu'ils sont consacrés dans des textes. A moins que l'on ne prenne les textes de loi pour du simple papier. L'Etat se doit de ne pas avoir de traitement discriminatoire envers les différentes régions, qui composent le territoire national, et leurs populations, l'Etat-Nation ne se construit pas à coup de discrimination, de marginalisation, et d'exclusion,… 

2. La réconciliation par la réhabilitation de la mémoire collective et le développement

Au sein du GRMAK, nous pensons que la réconciliation du pouvoir central avec le Rif passe par la réhabilitation de la mémoire collective, la reconnaissance des mérites et sacrifices désintéressés des fils du pays avec à leur tête l'Emir du Rif. Des gestes forts ont été faits en ce sens. Cependant, cela ne devrait pas être conjoncturel et épisodique. Au delà de la réécriture, de l'officialisation et de la vulgarisation de l'histoire du Rif, avec en particulier l'épopée d'Abdelkrim, il convient que toute l'attention soit accordée aux besoins économiques, sociaux et culturels de la région.

3. Le rôle d' Etat

Que peuvent attendre les rifains de l'Etat ? Devenir des assistés ? Certainement pas ! Néanmoins, l'Etat se doit d'accomplir le rôle qui est le sien. Ni Etat providence, ni Etat gendarme ! L'Etat doit cependant faire le nécessaire pour que les investissements de base, les infrastructures soient faits. L'enclavement, l'isolement ne sont dans l'intérêt de personne. A défaut que l'Etat centralisé le fasse ou puisse le faire, il faudrait dès lors penser à mettre en exécution cette politique de décentralisation, de développement de la régionalisation que l'on nomme l'autonomie et qui fonctionne si bien chez les autres, la responsabilisation des populations locales, dans leurs choix, leurs représentants, leurs investissements, leurs avenirs,…

4. Une autre politique pour le Rif

La réparation par rapport à une attitude, des faits ou un comportement passé est intimement liée au souhait d'une réconciliation. Or, il ne faudrait pas se focaliser seulement sur le passé, en ignorant le présent et l'avenir. En fait, la « réparation » par rapport au passé est quasiment impossible, car on ne peut faire marche en arrière, et tout effacer. Par contre, des dédommagements sont possibles. Des redressements présents et futurs aussi, par rapport aux situations économiques, sociales, politiques, culturelles,… Une politique de grands travaux, des voies de communication, la construction d'autoroutes et de routes, de voies ferrées, de ports, d'aéroports, d'hôpitaux, d'Universités,… Réhabilitation, reconstruction et développement sont les mots clés pour la réconciliation avec le Rif.

5. La question du rapatriement de la dépouille de l'Emir du Rif, la réécriture de l'histoire,...

Il n'y a pas longtemps, parmi les dossiers sur lesquels l'IER s'est penché il y a eu celui du rapatriement de la dépouille de l'Emir Mohamed Abdelkrim El Khattabi. Des visites ont été faites par des responsables de l'IER à la famille du défunt, au Maroc et en Egypte. Saïd El Khattabi a même été convié à venir à l'IER. Nous sommes étonnés au sein du GRMAK que subitement l'IER se désengage de cette affaire. Pensait-on sérieusement que le règlement de tout un pan du passé avec le Rif se ferait par un simple rapatriement, quasi en catimini, de l'un des hommes qui a marqué son siècle ? Quel honneur pouvait-on lui rendre dans ce cas ? Le rapatriement pour Saïd El Khattabi ne peut, objectivement, se faire qu'après une réécriture de l'histoire. Au sein du GRMAK nous rajoutons que le préalable à toute réconciliation avec notre histoire est certe sa réécriture, en débarrassant le bon grain de l'ivraie, en accordant aux martyrs la place et les honneurs qui leur reviennent dans l'histoire de leur pays, en mettant en place les jalons véritable de la démocratisation, du développement, des droits humains, de la citoyenneté,… Mais, aussi en lançant une politique de grands travaux à même de permettre le décolage économique, social et culturel de la région.

Considérations finales

Assurément, l'IER n'a pas les moyens juridiques, ni matériels pour la réparation du préjudice subit par le Rif, et bien d'autres régions. Néanmoins, le fait de suggérer, en haut lieu, ce à quoi il faudrait remédier n'est pas négligeable. L'IER ne peut donner plus que ce qu'elle n'a. La mission de l'IER vient à sa fin. D'autres structures doivent être appelées à prendre le relais. Dans tous les cas, la « réparation » communautaire ne saurait, ni devrait être du replâtrage, des demies mesures de conjonctures.

Copyright : © 2005 Mimoun CHARQI. Tous droits réservés.

Mode officiel de citation : Mimoun CHARQI, « Quelle réparation pour le Rif?», http://CHARQI.blog4ever.com


[1]  Communication faite au Forum National sur la Réparation, organisé par l'Instance Equité et Réconciliation, à Rabat, les 30 septembre, 1er et 2 octobre 2005.


10/05/2010
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