- Mimoun Charqi - ANALYSE POLITIQUE ET JURIDIQUE -

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QUEL PLAN POUR LE DEVELOPPEMENT DU RIF ?

Que veut le Rif ? De quoi a-t-il besoin ? Et quelles sont ses atouts ? Le Rif, comme chacun le sait, a subi une politique d'exclusion, de discrimination et de non droit qui l'a confiné dans une situation d'enclavement, d'exil et de sous développement. Le non droit aura permis des constructions et une sous urbanisation hors normes d'usage, aux effets néfastes par suite du récent tremblement de terre. L'exclusion et la discrimination envers le Rif auront conduit les rifains à quitter le Rif pour d'autres régions du Maroc ou carrément pour l'étranger. Aujourd'hui, faisant suite à la catastrophe en relation avec les séismes d'Al Hoceima, le Souverain marocain, dans son dernier discours, en date du 25 mars 2004, vient de donner ses instructions pour la préparation d'un plan voulu « d'urgence » pour le développement du Rif.

Faut-il croire, comme le dit l'adage, qu'à quelque chose malheur est bon ? Les derniers tremblements de terre ayant frappé la région d'Al Hoceima auront au moins eu pour effet d'attirer l'attention sur la gravité de la situation de sous développement chronique sévissant dans le Rif. D'où le besoin d'urgence pour y remédier.

La montée au créneau du Souverain lui aura permis de se rendre compte personnellement et de visu, des « lacunes » et « carences », mais aussi des « aspects positifs » et potentialités cachées dont recèle la région du Rif. Chacun est aujourd'hui convaincu que :
- le Rif a besoin d'une politique de restructuration et de développement ;
- le désenclavement du Rif ne peut que profiter non seulement au Rif lui même, mais aussi à l'ensemble du pays.

Maintenant que le Souverain lui même s'implique pour le Rif, beaucoup sont ceux qui subitement se rappelleront au Rif, et à la situation qui est la sienne et que l'on se refusait à regarder. Qu'à cela ne tienne, dira-t-on, il vaut mieux tard que jamais.

La nouvelle politique envers le Rif doit tendre à faire de cette région ce qu'elle aurait toujours dû être compte tenu de sa situation géographique par rapport à l'Europe. Les instructions Royales comportent deux volets essentiels : une reconstruction urgente et le développement proprement dit.

I. La reconstruction du Rif
La reconstruction du Rif revêt un caractère urgent surtout envers et pour ce qui est des sinistrés, qui ont perdu leurs maisons et leurs biens, ou qui ont peur de rejoindre leurs maisons de crainte qu'au prochain tremblement elles ne s'écroulent définitivement sur eux au moment de leurs sommeils.

Le gouvernement marocain vient de recevoir les instructions du Souverain afin d'établir « un programme d'urgence bien défini, à court terme, prévoyant, côté aménagement urbain, la réalisation d'études exhaustives sur le terrain, l'actualisation du relevé géophysique et la délimitation des zones d'habitation, selon les normes et les règles de construction antisismiques ». Est-il besoin de préciser que, par définition, lorsqu'il y à urgence, la situation ne doit pas s'éterniser ? Et que dans le cas d'espèce, la reconstruction des maisons des sinistrés doit être entamée sans délais, au fur et à mesure, avec le soutien financier approprié consécutifs aux dons et budgets destinés à cet effet !

Le programme d'urgence pour la construction du Rif devrait être circonscrit et défini concrètement par le gouvernement et des délais précis arrêtés, de même que les tâches et responsabilités départies.

Au delà, une agence urbaine pour Al Hoceima et Nador est même prévue. Mais quand sera–t-elle opérationnelle ? Et quand les résultats seront-ils visibles ? Pourquoi ne pas commencer par paliers d'exécution, dans le cadre d'un schéma directeur général ?

Le Rif a trop attendu. Le Rif a trop souffert. Il ne peut continuer ainsi. Cela, le Souverain l'a constaté d'où sa sortie et son implication de façon à ce que le Rif puisse retrouver la place naturelle qui est la sienne. La reconstruction, au sens large du terme, suppose un développement durable.


II. La mise à niveau et le développement du Rif
Pour la mise à niveau et le développement du Rif, le gouvernement a reçu comme instruction de « s'atteler sans tarder à l'élaboration d'un plan de développement structurel intégré, à moyen et long termes ».

Là encore, ce plan devrait répondre à un souci de calendrier précis. Et, pourquoi pas, mettre ces calendriers sur le Web, de façon à permettre à tout un chacun de suivre l'évolution de ce qui se fait ou de ce qui ne se fait pas. La transparence est à cette image, comme cela se fait dans les pays développés.

Le Souverain a été jusqu'à se mettre en avant en comptant « veiller personnellement à la bonne mise en œuvre de ce plan d'urgence », en annonçant un « suivi continu », voire « des visites sur le terrain ou encore par l'adoption d'un plan, à moyen et long termes de nature à faire de la région du Rif, (…), un pôle de développement urbain et rural (…) ».

C'est ainsi que le Souverain souhaite que ce plan lui soit soumis pour appréciation « dans les plus brefs délais », en prévoyant « des projets bien définis quant à leurs objectifs, moyens de financement et délais d'exécution et d'évaluation ». Et le Souverain de préciser que « l'objectif est de doter la région des équipements de base nécessaires, en matière d'eau et d'électricité et de routes qui permettent de la désenclaver (…) ».

Mais le développement du Rif ne peut avoir lieu sans investissements structurels et productifs, créateurs d'emplois. C'est pourquoi le Souverain, envisage l'encouragement des « investissements et des projets de développement générateurs d'emplois, notamment, dans les secteurs du tourisme, des pêches maritimes et de l'agriculture moderne ». Le développement ne peut se faire sans ambitions. Il faut voir grand et s'inspirer des expériences des pays tiers.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Le Rif doit désormais être considéré comme faisant partie des priorités nationales, le Rif est aujourd'hui l'urgence. Dans combien de temps, le gouvernement rendra–t-il sa copie pour la reconstruction et le développement du Rif ? La société civile locale, du moment qu'elle a fait ses preuves lors des séismes, sera-t-elle invitée à participer à l'élaboration de ces plans de reconstruction et de développement ? D'autant plus que le souverain a prôné une « politique de proximité et de participation ».

Les rifains ont besoin de savoir quand les maisons des sinistrés seront reconstruites, sur quels sites, comment, et avec quels moyens ? A combien s'élève aujourd'hui le budget alloué à la reconstruction et au développement du Rif, de quoi est-il composé au point de vue des ressources, comment sera-t-il dépensé ?

Quand la fameuse rocade sera-t-elle terminée ? Quand la liaison au réseau national pour Fès – Al Hoceima commencera-t-il et sera-t-il fin prêt ? Le Rif ne manque pas de chômeurs à l'instar du reste du pays. Pourquoi ne pas lancer une politique nationale de grands travaux pour le Rif ? Les moyens humains ne manquent pas. Les ressources financières, on les trouve bien pour des projets non structurels et improductifs ! La mise à niveau et le développement du Rif ne peuvent pas être imaginés sans une politique de grands travaux, toutes les forces de la nation devraient s'y mettre, les uns de leurs bras ou de leurs savoir faire, technicités ou compétences, et les autres de leurs poches. Déjà, le secteur privé, à travers les organisations salariales et patronale, a décidé d'une journée de salaire pour le Rif. A quand le tour du secteur public et semi-public ? Le développement et la mise à niveau du Rif ne peuvent être sans des autoroutes et des routes, sans réseau ferroviaire menant au Rif, sans routes désenclavant les villes et villages du Rif, sans ports et aéroports. La mise à niveau passe par la construction d'hôpitaux, d'écoles, de lycées, d'universités, de grandes écoles,…

Un pôle de développement doit se construire autour de partenariats avec l'Europe, les Amériques, l'Asie, l'Australie et avec des multinationales qui délocaliseraient leurs activités, industries et usines. Cela suppose une politique incitative, de la prospection, de la négociation, et c'est là normalement le rôle des nombreuses ambassades de par le monde.

Les rifains ne sont pas tous, loin s'en faut, des trafiquants et contrebandiers. Ils sont pour la plupart, honnêtes hommes, bons pères de familles, professeurs, économistes, chirurgiens, médecins, commerçants, journalistes, avocats, … Nombre d'entre eux ont contribué et contribuent au développement des pays européens, nombre d'entre eux contribuent au développement du Maroc.

Les rifains ne souhaitent pas devenir des assistés. Ils sont fiers et dignes y compris dans l'adversité et le malheur. Les rifains aspirent à ce que leur région bénéficie de l'attention légitime qu'il faut de la part de l'Etat. Que l'exclusion dont ils se sentent frappés soit levée. Que sans aller jusqu'à solliciter la providence de l'Etat, ce dernier joue son rôle minimal, en matière de construction d'infrastructures, de routes, de ports, de réseau de voies ferrées, d'hôpitaux, d'écoles,...

Ils ne veulent pas subir de discriminations individuelle ou collective en raison de leur origine, ils veulent les droits reconnus par les nations civilisées.

Les atouts du Rif sont multiples. D'abord, les rifains eux-mêmes sérieux et travailleurs, ensuite le positionnement géographique du Rif, sur la mer Méditerranée, son vis-à-vis avec l'Europe, une région vierge et inaccessible, à découvrir et à développer. La reconstruction et le développement du Rif n'est pas un mythe. C'est bien à portée de main. Et le gouvernement doit jouer la transparence et montrer patte blanche. A suivre.



08/05/2010
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