- Mimoun Charqi - ANALYSE POLITIQUE ET JURIDIQUE -

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FORUM HISPANO MAROCAINPOUR LA MEMOIRE COMMUNE ET L’AVENIR

APPEL POUR UN FORUM HISPANO MAROCAIN

POUR LA MEMOIRE COMMUNE ET L’AVENIR.

  

Communication faite à l’occasion du colloque international sur le thème : « Mémoire et droits humains : enjeux et perspectives », ayant eu lieu à Genève, au Palais des Nations Unies, les 23 et 24 novembre 2006.

 

Assurément le thème « Mémoire et droits humains : enjeux et perspectives », retenu par les organisateurs de ce colloque international est fort important. Les différentes communications prévues au programme sont tout aussi importantes et intéressantes. Cependant, les participants risques d’être frustrés, car la question de la « mémoire et des droits humains » ne saurait être réduite au problème de l’esclavage, ni au rapports entre l’homme blanc et l’homme noir. Ce qui est sûr c’est que le présent colloque sera loin de clore le sujet.

 

Les crimes et atteintes aux droits de l’homme peuvent être distingués selon plusieurs catégories : Il y a ceux qui sont connus, comme c’est le cas de l’esclavage, il y a ceux qui le sont moins et il y a ceux qui ne sont pas du tout connus et ont été ignorés car gardés longtemps durant secrets.

 

Or, je voudrais vous entretenir justement de crimes ignorés. Aujourd’hui, tous ceux ici présents savent pour quelles raisons Sadam Hussein, le président irakien déchu, est jugé. Il est jugé, notamment, pour avoir utilisé des armes chimiques de destruction massive contre le peuple Kurde. Mais combien de personnes savent que l’Espagne et la France ont utilisé les mêmes armes chimiques de destruction massive que Sadam Hussein, contre les populations rifaines, dans le Rif, au nord du Maroc, entre 1923 et 1926 ?

 

Le plus grave, dans tout cela, c’est que les héritiers des victimes d’hier continuent encore aujourd’hui de souffrir des effets et séquelles consécutives à l’utilisation de ces mêmes armes chimiques de destruction massive. Car, il se trouve que ces armes chimiques ont des effets cancérigènes et mutagènes. Plusieurs experts et généticiens, telle que le professeur Christine Gosdène, titulaire de la chaire de médecine génétique de l’Université de Liverpool, qui a travaillé sur le cas irakien de Halabja, ont pu démontrer que plusieurs générations après une mutation s’observe dans les gènes des individus. C’est ainsi qu’il n’y a pas une famille dans le Rif n’ayant pas un parent atteint de cancer, notamment du larynx. A tel point que 80 % des personnes atteintes de cancer qui se font soigner à Rabat, la capitale du Maroc, proviennent du Rif. Or, ils vont à Rabat car c’est le seul endroit où ils peuvent se faire soigner. Mais, quant on sait que le Rif est une région pauvre et marginalisée, combien peuvent se permettre de se déplacer et résider à Rabat pour se faire soigner ?

 

Mais, encore, qu’en est-il exactement de ces armes chimiques de destruction massive et pourquoi  est ce un crime contre l’humanité que de les avoir utilisé ? Longtemps durant, des euphémismes ont été utilisés pour qualifier ces armes : « bombes X », bombes spéciales », « gaz toxique ». Il s’agit en fait d’ypérite (gaz moutarde), de chloropicrine et de phosgène. La qualification d’usage actuelle de ces armes est celle d’armes chimiques de destruction massive. Ces armes se trouvent avoir été interdites. Déjà à la fin du 19e siècle, la première conférence de la Haye, du 29 juillet 1899, signée entre nations européennes, interdit l’emploi de projectiles ayant pour but de répandre des gaz asphyxiants ou délétères. Le Traité de Versailles du 28 juin 1919, prévoit également la prohibition des armes chimiques de destruction massive. Le Traité de Washington du 6 février 1922 mentionne ces interdictions à son article 5. Le protocole de Genève, du 17 juin 1925, interdit quant à lui les gaz asphyxiants, toxiques ou similaires,… Ces interdictions ont étés confirmées et développées par la suite par divers autres instruments internationaux. 

 

Ainsi, le droit international à partir de la fin de la première guerre mondiale a interdit l’usage de certaines armes dites non conventionnelles. Il en est ainsi des armes chimiques et biologiques de destruction massive. Du point de vue légal, la production, la vente, l’utilisation ou même le stockage des armes chimiques de destruction massive sont strictement prohibés par le droit international public.

 

Il est indéniable qu’à travers la guerre chimique contre le Rif, il y a eu une violation caractérisée des préceptes essentiels du droit international public et du droit international humanitaire. Il s’agit d’un crime contre l’humanité, doublé d’un génocide exercé contre un peuple libre de paysans. Or par définition, les crimes contre l’humanité sont des crimes imprescriptibles. Pourtant, cela n’a pas empêché l’Espagne et la France de violer, à ce jour impunément, ces interdictions en faisant usage d’une guerre chimique d’agression contre le Rif et ses populations. Outre celles des Etats espagnol et français, la responsabilité de la société française Schneider S.A, [depuis Schneider electric] et de la société allemande Stolzenberg pourrait être retenue.

 

Ce n’est que ces dernières années, grâce au travail d’historiens, suite à l’ouverture des archives espagnoles et françaises que tous ces crimes contre l’humanité sont apparus. Après moult difficultés, nous avons pu tenir, au Maroc même, un colloque sur le thème de la guerre chimique contre le Rif. Ensuite, un travail s’est fait avec des députés catalans qui nous soutiennent. Un texte publié au bulletin officiel des Cortès est déposé au parlement espagnol qui devrait être discuté et qui comporte une reconnaissance officielle, une condamnation et des mesures de réparation.

 

Ce sont pour ces raisons et pour bien d’autres que nous faisons appel à la tenue d’un colloque international sur le même thème général que celui d’aujourd’hui à savoir « Mémoire et droits humains » qui permettrait de débattre et de rendre compte des effets pervers et néfastes multiples et encore actuels du passé de l’Etat colonial espagnol au Maroc, selon la plate forme introductive qui vous a été distribuée. Mais pas seulement un colloque pour tenir un colloque. Puisque le but de ce symposium qui a déjà reçu un accord de principe serait également l’occasion de penser et de construire un Forum hispano marocain pour la mémoire commune et l’avenir.



02/07/2010
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