CHARQI site/blog le 15-04-2011 à 15:16:01 |
L’identité, les sentiments et revendications doivent être au cœur de la révision de la constitution
En complément de la présentation du professeur Chami, il m’est demandé d’attirer votre attention sur quelques idées essentielles. Mais avant tout qu’est ce que la Confédération des associations culturelles amazighes du nord du Maroc ? La Confédération regroupe une centaine d’associations du Grand Rif . Elle est elle-même affiliée au Congrès mondial amazigh.
L’identité ne saurait être limitée à la langue et à la culture. La question de l’identité est intimement liée à la question des droits ou absence de droits et dès lors au cœur même de la révision de la constitution. L’absence de droits effectifs c’est la négation de l’identité, et c’est tout ce qui est justement revendiqué.
I. L’absence de droits effectifs c’est la négation même de l’identité
1. Le respect des sentiments identitaires
La Commission consultative pour la réforme de la constitution doit savoir, et nous souhaitons ici en témoigner fortement devant-elle, que les sentiments identitaires, dans le Grand Rif, sont très forts et ne peuvent être ignorés. Le Grand Rif a été depuis l’indépendance politique maintenu en marge de toutes les politiques de développement du Maroc. La marginalisation et l’exclusion ont conduit les fils du Rif à l’exil hors du Maroc, ou vers des régions plus clémentes de l’intérieur du pays. Une formule résume bien le sentiment des rifains qui voyagent du Rif vers le reste du pays : Il est dit « y roh ghar arMoghrib », « roher rhar ar moghrib » (il est parti au Maroc), (je suis parti au Maroc),...
Les sentiments d’appartenance à une entité régionale rifaine, au sens large du terme, compte tenu de l’histoire, de la langue,... ne peuvent être ignorés. Et ce qui est valable pour le Rif est valable tout aussi bien pour les autres grandes régions du Maroc, dont le Grand Souss, le Grand Atlas, le Sahara...
2. L’absence de droits fondamentaux et de protection
L’école n’est pas arrivée partout dans le Rif et encore moins les Universités et grandes écoles. Hors des grandes villes, faute de voies de communications l’éducation nationale est absente, de même que les hôpitaux,...
Nombre de rifains ne parle pas l’arabe mais le berbère. C’est les cas aussi pour ceux qui ont émigré ou qui sont nés à l’étranger. Devant l’administration, ils n’ont pas la possibilité de se défendre ou de revendiquer leurs droits faute de comprendre la langue administrative d’usage. Le droit à leur langue est ignoré, de même qu’ont été ignorés, par le pouvoir central, les affres subies suite à la guerre chimique contre le Rif, durant la guerre de libération menée par L’Emir Mohamed Abdelkrim El Khattabi . Le pouvoir central ne s’est pas soucié de ce dossier.
Des familles ne peuvent toujours pas librement donner des prénoms amazighs à leurs enfants... La propriété foncière des populations locales n’est pas toujours à l’abri, loin s’en faut.
Longtemps durant, du fait de l’exclusion des politiques de développement, de la répression et des évènements de 1958-59 et de 1984, le Rif s’est senti délaissé, mal aimé et cela a contribué à accentuer son particularisme et à renforcer son identité. Certains vont jusqu’à verser dans le radicalisme, mais la majorité des rifains ne remet nullement en cause sa marocanité. Néanmoins, ce qui est revendiqué c’est la justice sociale, le développement, les droits régionaux individuels et collectifs,...
II. Les revendications identitaires pour l’effectivité de droits
1. Les textes fondateurs des revendications
Au delà de son sigle, la Confédération milite depuis plusieurs années sur plusieurs volets et a eu l’occasion d’organiser ou de participer activement à des colloques nationaux et internationaux et à élaborer des textes importants tels que :
- la déclaration pour l’autonomie du Grand Rif ;
- la déclaration pour les autonomies des peuples et régions de Tamazgha ;
- ...
2. Les droits revendiqués par la société civile dans le Rif
En partant de l’identité, le champ d’intérêt de la Confédération est assez large, puisqu’il porte sur des questions plurielles qui se recoupent : le droit à l’autonomie, le droit à la langue amazighe, le droit à la culture amazighe, le droit au développement ainsi qu’aux droits et aux libertés civiles, politiques, économiques, sociales et culturelles,... Ainsi, sur la base de l’identité régionale, dans le cadre national, la Confédération milite pour un Etat de droit effectif selon les standards internationaux reconnus des pays de droits et démocratiques.
La Confédération revendique depuis plusieurs années le droit à l’autonomie des régions, au Maroc, d’une façon générale, et dans le Grand Rif en particulier.
La Confédération a accueilli très favorablement et soutenu l’initiative du Maroc pour l’autonomie au Sahara, tout en réclamant la généralisation de l’autonomie à l’ensemble du Maroc. Le droit à l’autonomie des régions devrait être consacré dans la constitution pour l’ensemble du pays.
3. L’opinion envers la proposition de régionalisation « avancée »
La proposition de régionalisation avancée a fort déçu dans le Grand Rif et cela pour plusieurs raisons :
3.1. Cette proposition est très en deçà des attentes et fort loin de ce que le pays a présenté comme modèle pour le Sahara ;
3.2. Ensuite, cela consacre que tous les marocains, et toutes les régions ne seraient pas sur le même pied d’égalité, du moment que certains, en l’occurrence les régions et populations du Sahara pourraient bénéficier d’une autonomie selon les standards internationaux des pays démocratiques, tandis que les autres régions seraient maintenues sous tutelle, en dépit des évolutions contenues dans la proposition;
3.3. Le principe de l’autonomie pour le Sahara ne doit pas être perçu seulement comme une solution à un problème politique, car il s’agit de « La solution » afin de dépasser les problèmes du sous développement, par la responsabilisation des populations locales concernées ;
3.4. L’autonomie et bien plus, dans le Rif et dans le Maroc d’avant les protectorats avaient libre cours. Les tribus géraient en toute autonomie et indépendance leurs affaires ;
3.5. Le découpage proposé ne tient pas compte des sentiments, de l’identité des concernés. Il est administrativement conçu, alors qu’il aurait fallu le laisser à l’initiative démocratique des concernés ;
3.6. Il est incompréhensible qu’il ne soit pas fait confiance à ceux qui défendent leur marocanité et l’intégrité territoriale du pays en leur reconnaissant le droit à l’autonomie.
In fine, l’objectif recherché par la révision de la constitution est la paix sociale et cette dernière ne peut se faire en ignorant purement et simplement les sentiments, les volontés, les besoins et revendications des populations concernées. C’est là la lourde tâche que la Commission consultative pour la réforme de la constitution se doit de traduire fidèlement dans la loi fondamentale pour un Maroc meilleur.
Dr. Mimoun Charqi
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le 15-04-2011 à 15:16:01
En complément de la présentation du professeur Chami, il m’est demandé d’attirer votre attention sur quelques idées essentielles. Mais avant tout qu’est ce que la Confédération des associations culturelles amazighes du nord du Maroc ? La Confédération regroupe une centaine d’associations du Grand Rif . Elle est elle-même affiliée au Congrès mondial amazigh.
L’identité ne saurait être limitée à la langue et à la culture. La question de l’identité est intimement liée à la question des droits ou absence de droits et dès lors au cœur même de la révision de la constitution. L’absence de droits effectifs c’est la négation de l’identité, et c’est tout ce qui est justement revendiqué.
I. L’absence de droits effectifs c’est la négation même de l’identité
1. Le respect des sentiments identitaires
La Commission consultative pour la réforme de la constitution doit savoir, et nous souhaitons ici en témoigner fortement devant-elle, que les sentiments identitaires, dans le Grand Rif, sont très forts et ne peuvent être ignorés. Le Grand Rif a été depuis l’indépendance politique maintenu en marge de toutes les politiques de développement du Maroc. La marginalisation et l’exclusion ont conduit les fils du Rif à l’exil hors du Maroc, ou vers des régions plus clémentes de l’intérieur du pays. Une formule résume bien le sentiment des rifains qui voyagent du Rif vers le reste du pays : Il est dit « y roh ghar arMoghrib », « roher rhar ar moghrib » (il est parti au Maroc), (je suis parti au Maroc),...
Les sentiments d’appartenance à une entité régionale rifaine, au sens large du terme, compte tenu de l’histoire, de la langue,... ne peuvent être ignorés. Et ce qui est valable pour le Rif est valable tout aussi bien pour les autres grandes régions du Maroc, dont le Grand Souss, le Grand Atlas, le Sahara...
2. L’absence de droits fondamentaux et de protection
L’école n’est pas arrivée partout dans le Rif et encore moins les Universités et grandes écoles. Hors des grandes villes, faute de voies de communications l’éducation nationale est absente, de même que les hôpitaux,...
Nombre de rifains ne parle pas l’arabe mais le berbère. C’est les cas aussi pour ceux qui ont émigré ou qui sont nés à l’étranger. Devant l’administration, ils n’ont pas la possibilité de se défendre ou de revendiquer leurs droits faute de comprendre la langue administrative d’usage. Le droit à leur langue est ignoré, de même qu’ont été ignorés, par le pouvoir central, les affres subies suite à la guerre chimique contre le Rif, durant la guerre de libération menée par L’Emir Mohamed Abdelkrim El Khattabi . Le pouvoir central ne s’est pas soucié de ce dossier.
Des familles ne peuvent toujours pas librement donner des prénoms amazighs à leurs enfants... La propriété foncière des populations locales n’est pas toujours à l’abri, loin s’en faut.
Longtemps durant, du fait de l’exclusion des politiques de développement, de la répression et des évènements de 1958-59 et de 1984, le Rif s’est senti délaissé, mal aimé et cela a contribué à accentuer son particularisme et à renforcer son identité. Certains vont jusqu’à verser dans le radicalisme, mais la majorité des rifains ne remet nullement en cause sa marocanité. Néanmoins, ce qui est revendiqué c’est la justice sociale, le développement, les droits régionaux individuels et collectifs,...
II. Les revendications identitaires pour l’effectivité de droits
1. Les textes fondateurs des revendications
Au delà de son sigle, la Confédération milite depuis plusieurs années sur plusieurs volets et a eu l’occasion d’organiser ou de participer activement à des colloques nationaux et internationaux et à élaborer des textes importants tels que :
- la déclaration pour l’autonomie du Grand Rif ;
- la déclaration pour les autonomies des peuples et régions de Tamazgha ;
- ...
2. Les droits revendiqués par la société civile dans le Rif
En partant de l’identité, le champ d’intérêt de la Confédération est assez large, puisqu’il porte sur des questions plurielles qui se recoupent : le droit à l’autonomie, le droit à la langue amazighe, le droit à la culture amazighe, le droit au développement ainsi qu’aux droits et aux libertés civiles, politiques, économiques, sociales et culturelles,... Ainsi, sur la base de l’identité régionale, dans le cadre national, la Confédération milite pour un Etat de droit effectif selon les standards internationaux reconnus des pays de droits et démocratiques.
La Confédération revendique depuis plusieurs années le droit à l’autonomie des régions, au Maroc, d’une façon générale, et dans le Grand Rif en particulier.
La Confédération a accueilli très favorablement et soutenu l’initiative du Maroc pour l’autonomie au Sahara, tout en réclamant la généralisation de l’autonomie à l’ensemble du Maroc. Le droit à l’autonomie des régions devrait être consacré dans la constitution pour l’ensemble du pays.
3. L’opinion envers la proposition de régionalisation « avancée »
La proposition de régionalisation avancée a fort déçu dans le Grand Rif et cela pour plusieurs raisons :
3.1. Cette proposition est très en deçà des attentes et fort loin de ce que le pays a présenté comme modèle pour le Sahara ;
3.2. Ensuite, cela consacre que tous les marocains, et toutes les régions ne seraient pas sur le même pied d’égalité, du moment que certains, en l’occurrence les régions et populations du Sahara pourraient bénéficier d’une autonomie selon les standards internationaux des pays démocratiques, tandis que les autres régions seraient maintenues sous tutelle, en dépit des évolutions contenues dans la proposition;
3.3. Le principe de l’autonomie pour le Sahara ne doit pas être perçu seulement comme une solution à un problème politique, car il s’agit de « La solution » afin de dépasser les problèmes du sous développement, par la responsabilisation des populations locales concernées ;
3.4. L’autonomie et bien plus, dans le Rif et dans le Maroc d’avant les protectorats avaient libre cours. Les tribus géraient en toute autonomie et indépendance leurs affaires ;
3.5. Le découpage proposé ne tient pas compte des sentiments, de l’identité des concernés. Il est administrativement conçu, alors qu’il aurait fallu le laisser à l’initiative démocratique des concernés ;
3.6. Il est incompréhensible qu’il ne soit pas fait confiance à ceux qui défendent leur marocanité et l’intégrité territoriale du pays en leur reconnaissant le droit à l’autonomie.
In fine, l’objectif recherché par la révision de la constitution est la paix sociale et cette dernière ne peut se faire en ignorant purement et simplement les sentiments, les volontés, les besoins et revendications des populations concernées. C’est là la lourde tâche que la Commission consultative pour la réforme de la constitution se doit de traduire fidèlement dans la loi fondamentale pour un Maroc meilleur.
Dr. Mimoun Charqi